Deux femmes, la mère et la fille, vivent ecluses dans un petit appartement. Survient un huissier de justice chargé de procéder à l’inventaire de leurs biens avant saisie. C’est l’affolement. La mère voit aussitôt dans cet intrus un milicien aux ordres de Darnand. C’est que pour elle le monde s’est arrêté en 43, l’Occupation dure encore, et Darnand, Pétain et les autres, sont encore là. D’ailleurs elle leur parle sans arrêt. Et les insulte abondamment. La fille se bouche les oeilles. Les élucubrations de sa mère, ses éclats, ses fracas, les spectres avec lesquels elle dispute jour et nuit, les injures jetées au Maréchal qu’elle appelle Putain, tout cela l’exaspère. Devant l’homme de loi impassible, les deux femmes vont se livrer à de furieux soliloques et tisser le récit, aussi hilarant que monstrueux, de leurs batailles et de leurs douleurs, de leur mémoire et de leur peur.